Une « médecine » de mort

Le Soir – FREDERIC SOUMOIS – 12 janvier 2011

Les partisans de la « biologie totale » ont parfois pignon sur rue. Les poursuites sont rares et très tardives. Révélations sur les pratiques « d’entrisme » d’une secte.

La théorie colportée par les partisans de la Nouvelle médecine germanique ou « biologie totale » semble pourtant complètement abracadabrante : elle affirme, pour l’essentiel, que le cancer n’est pas une maladie, mais la manifestation externe d’un conflit ou d’une tension qu’il suffirait de résoudre pour la faire disparaître. Une opinion, après tout… Sauf que cette opinion, quand elle est colportée par des membres de milieux médicaux, médecins et infirmières, peut convaincre certains patients affaiblis et qui construisent un espoir dans ces belles paroles d’abandonner leur traitement pour les remplacer par de pratiques comme celle d’enduire ses blessures de… feuille de choux.

Autant prévenir, il ne s’agit pas ici de médecine, mais de pratiques sectaires, et parmi les plus révoltantes. Le journaliste Philippe Dutilleul s’est associé avec Nathalie De Reuck, une journaliste qui avait précédemment réalisé un reportage frappant sur la manière dont sa propre mère avait été abusée par un charlatan qui entendait la soigner d’un cancer du sein par… téléphone. Ils dévoilent ici une dizaine d’autres cas, en Belgique, en France et aussi en Italie, où le professeur Hamer, aujourd’hui réfugié en Norvège, continue à diffuser ses théories de mort. Des théories qui se doublent de considérations antisémites et qui se fondent sur des théories de grand complot qui seraient risibles… si elles ne tuaient des personnes en détresse qui n’ont fait qu’écouter des promesses de vie…

Autant prévenir aussi, certaines images et certains récits peuvent heurter : l’enquête de Dutilleul et De Reuck, toutefois sans voyeurisme, n’a pas voulu cacher à quoi ressemblait l’état d’esprit de ces patients quand ils comprenaient, mais trop tard, qu’ils avaient été abusés.

Le reportage montre aussi combien il est difficile de lutter contre ce type d’escroquerie. Car on ne pourrait traquer a priori la divergence d’opinion et l’ouverture d’esprit vers d’autres thérapeutiques sans transformer notre monde en enfer de la pensée unique. On peut certes finalement attraper ceux dont on peut prouver l’exercice illégal de la médecine, mais comment saisir ce qui se dit dans l’intimité d’un cabinet médical, quand la victime même des escrocs veut croire tout ce qu’elle entend et imagine que le seul doute raisonnable l’empêchera de guérir ?

Devoir d’enquête , la Une, 20h20.

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