Un magnétiseur condamné pour avoir fait croire à la guérison de Laura, décédée

Jean-Luc Garcia – 13 mai 2014 – ladepeche.fr

Condamné pour exercice illégal de la médecine, le magnétiseur Michel Bousquet avait convaincu les parents de Laura Vignola qu’il avait sauvé leur fille atteinte d’une maladie incurable. Hélas…

Laura, c’est la petite princesse éternelle de Valérie et Jean-Marie Vignola, un couple de Villeneuve-sur-Lot. Cette fillette au sourire radieux à jamais gravé dans l’esprit de ses parents n’est hélas plus de ce monde aujourd’hui.

Elle est partie vers d’autres cieux en février 2009.

Laura Vignola n’avait que 7 ans et demi «et une intelligence remarquable malgré sa tumeur au cervelet», ajoute sa mère très émue. Celle-ci ne pouvait contenir ses larmes hier aux côtés de son époux à l’audience du tribunal correctionnel de Cahors où comparaissait, après une longue procédure d’enquête, Michel Bousquet, magnétiseur inscrit à l’Urssaf et domicilié à Montdoumerc.

Cet homme de 59 ans a bercé d’illusion la famille Vignola et abreuvé la douce Laura de paroles utopiques lui assurant, en 2008, que sa tumeur était guérie. «Vous avez affirmé que cette tumeur avait séché et qu’il ne fallait plus donner de médicaments à Laura. Les parents de cette fillette ont poursuivi les soins. Vous n’êtes détenteur d’aucun diplôme de médecine, mais d’un brevet d’électromécanicien», rappelle au prévenu Béatrice Almendros, présidente du tribunal.

115 personnes ayant fréquenté ce magnétiseur ont été entendues dans ce dossier. «Vous avez conseillé plusieurs d’entre elles d’interrompre les médicaments, car il ne fallait pas faire confiance à la médecine», lance la présidente à Michel Bousquet. Ce dernier agissait en posant ses mains sur les genoux des patients ou en utilisant un pendentif en guise de pendule.

«Je t’ai guérie»

«Je n’ai jamais prétendu être médecin et je n’ai rien promis aux patients. Je leur faisais du bien», prétend le magnétiseur. Sa force de persuasion était telle qu’il a pu entraîner dans ses convictions Laura, sa famille, puis une autre mère et son fils. «Le neurochirurgien m’a confirmé que des tumeurs étaient présentes partout dans le cerveau de ma fille. Michel Bousquet venait de dire à Laura :Je t’ai guérie. Il est arrivé avec un sac de bonbons pour elle et m’a demandé d’écrire à Roselyne Bachelot, alors ministre de la santé, pour lui annoncer que ma fille était tirée d’affaire», relate le père de Laura. Il déplore le «coup de pub» que souhaitait se faire le magnétiseur persuadé de son don de guérison. Michel Bousquet a été condamné à 8 mois de prison avec sursis et à l’interdiction d’exercer sa profession de magnétiseur pendant 5 ans.

Valérie Vignola essuie une larme et serre contre son cœur un médaillon où s’illumine, comme par enchantement, le joli visage de Laura. Le pouvoir des princesses est plus fort que celui des «sorciers».


Un autre enfant, une autre douleur

Outre le cas de la petite Laura, l’audience s’est attardée sur le jeune Florent, décédé à l’âge de 15 ans des suites d’une leucémie. Le magnétiseur a prétendu être en mesure de le sauver en ajoutant qu’il fallait «l’extraire du milieu médical». La mère de l’adolescent, absente au tribunal, a tenu à faire part de sa détresse par la voix de son avocate, Sophie Gervais. «Michel Bousquet profite de la faiblesse morale des familles en train de perdre un être cher», déclare l’avocate. «Il a aussi incité une personne atteinte d’un cancer de la vessie à abandonner les pratiques de la médecine traditionnelle», souligne Bérengère Lacan, subsitut du procureur. Michel Gonelle, avocat de la famille Vignola, ne mâche pas ses mots : «Autrefois, on les appelait des sorciers, des oracles ou des devins. Aujourd’hui, on les surnomme des charlatans. Nous avons ici un véritable escroc», considère-t-il, tandis que Jean-Michel Soulem, avocat du magnétiseur ironise et dénonce «un procès en sorcellerie. Si vous le condamnez, cela signifie alors que l’Urssaf est aussi complice».

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