Faites-vous toujours les bons choix pour votre santé ?

Collège des médecins du Québec – déc. 1996

La santé est sans contredit notre plus grande richesse ; il suffit d’ailleurs que la maladie nous en prive temporairement pour prendre conscience de sa pleine valeur. En fait, la santé est si importante qu’elle constitue le sujet de discussion par excellence à l’ère de l’information dans laquelle nous vivons.
Au bouche à oreille d’autrefois, s’ajoutent aujourd’hui tous les autres modes de communication comme les journaux, les revues, les livres, la radio, la télévision et l’Internet. Nous sommes donc inondés d’informations de toutes sortes sur la santé.
Certaines peuvent a priori paraître valables à nos yeux, d’autres, totalement farfelues. Comment vous y retrouver dans un tel labyrinthe si vous n’êtes pas expert en la matière, mais tout de même en quête de la meilleure solution à vos maux ? Avant de consulter une autre personne qu’un professionnel de la santé reconnu, renseignez-vous. L’information constitue le meilleur traitement… contre les mauvaises surprises. Après tout, c’est de votre santé qu’il s’agit. Note : Dans ce texte, le masculin est utilisé sans préjudice et seulement pour alléger la présentation.

Que savez-vous des thérapies « alternatives » ?

Les thérapies non éprouvées et non approuvées, que l’on qualifie d’« alternatives », foisonnent de plus en plus et suscitent un intérêt marqué chez un nombre croissant de Québécois. À titre d’exemple, on compte plus de 300 thérapies de ce genre aux États-Unis ; au Québec, bien qu’il n’y ait pas de statistiques complètes à ce sujet pour le moment, on estime que ce chiffre est aussi très élevé. Des termes comme « médecines non conventionnelles », « médecines douces », « médecines parallèles », « médecines complémentaires » et « médecine holistique » regroupent une série de pratiques prétendument alternatives à la médecine officielle. Les méthodes proposées sont rarement comparées les unes aux autres ; on préfère les mettre en opposition aux professions de la santé reconnues. Sous la bannière de l’espoir et d’une « promesse de guérison », de nombreux « guérisseurs
modernes » attirent une foule de gens aux prises avec des problèmes de santé. Mal renseignées, et parfois dans un état de grande vulnérabilité, certaines personnes sont carrément trompées par des opportunistes sans scrupules. Quelques-unes voient même leur problème de santé s’aggraver ; des cas semblables sont d’ailleurs fréquemment rapportés à la Direction des enquêtes du Collège des médecins du Québec ou à d’autres organismes.  Il arrive aussi que des personnes malades soient influencées par une connaissance, un parent ou un ami bien intentionné, qui leur recommande de consulter tel thérapeute ou
d’essayer tel produit en exprimant des commentaires du genre :
– Qu’est-ce que tu as à perdre ?
– Cela a marché pour moi !
– Tu éviteras une opération…
– Il n’y a pas d’effets secondaires !
– C’est reconnu dans d’autres pays.

Enfin, on constate que les médias s’intéressent de plus en plus à ce sujet et présentent,notamment, des témoignages de gens qui ont été victimes de ces « pseudo-thérapeutes » ou qui se disent des « miraculés des médecines douces ».

Posez-vous des questions…

La multiplication des thérapies « alternatives » et des « guérisseurs » paraît sans limites, et l’imagination de ces derniers semble pour le moins inépuisable. Donc, avant de faire appel à quiconque prétend vous guérir ou améliorer votre qualité de vie à l’aide, entre autres, de traitements ou de produits miracles, posez-vous des questions et surtout… n’ayez pas peur d’en poser. En voici quelques-unes à titre d’indices.
− La personne consultée est-elle reconnue par un organisme officiel pour les maladies ou
les maux qu’elle prétend guérir ?
− Ce thérapeute exige-t-il d’être le seul intervenant pour choisir le traitement de votre
problème de santé ?
− Le traitement est-il rattaché à des produits vendus par ce thérapeute et qui doivent
absolument être consommés? Combien cela coûte-t-il ?
− Le traitement proposé a-t-il fait ses preuves ?
− Ce traitement est-il prétendument inoffensif, sans douleur et non toxique ?
− Fait-il l’objet d’une publicité tapageuse dans les médias ?
− La personne consultée se dit-elle persécutée par des professionnels de la santé
reconnus ?
− Ce thérapeute attaque-t-il la communauté médicale et scientifique ?
− Vous recommande-t-il d’interrompre un traitement médical en cours ou de suivre un
régime alimentaire inhabituel pendant le traitement qu’il vous propose ?
− Ce traitement peut-il avoir des effets nocifs sur votre santé ?
− La personne consultée vous demande-t-elle de garder vos démarches de traitement
confidentielles ?
− Vous demande-t-elle de faire des dons ?
− Le discours du thérapeute a-t-il une connotation religieuse ou fait-il allusion à une
croyance particulière ?
Les réponses que vous obtiendrez vous éclaireront sûrement ; elles peuvent en outre vous transmettre des signaux d’alarme. Ainsi, vous serez plus en mesure de choisir l’aide dont vous avez vraiment besoin et vous éviterez surtout d’être victime de votre manque
d’information.

Prenez garde aux promesses de guérison

Certains individus maîtrisent si bien l’art de manier leurs propos qu’ils réussissent à convaincre des personnes malades, anxieuses de recouvrer la santé, de s’en remettre presque aveuglément à eux, et ce, le plus souvent au prix fort. Si vous décidez de consulter une autre personne qu’un professionnel de la santé reconnu, méfiez-vous si elle vous promet la guérison* ou l’amélioration de votre santé. Prenez garde également si l’attitude du « thérapeute » à votre égard change en cours de traitement (surtout si l’amélioration ou la guérison promise tarde) et qu’elle vous semble incorrecte. Certains tentent de culpabiliser la personne malade en émettant des commentaires tels que :
– Vous êtes venu me voir à un stade trop avancé de la maladie !
– C’est de votre faute, vous n’avez pas suivi mes conseils à la lettre !Évitez de tomber dans le piège ! Ces personnes tiennent de tels propos afin de vous influencer, voire de vous manipuler. Pour certains « thérapeutes », c’est une manière de s’assurer de votre dépendance envers eux.
* Le Code de déontologie des médecins, par exemple, protège la personne en stipulant que : « Le médecin doit s’abstenir de garantir, directement ou indirectement, expressément ou implicitement, la guérison d’une maladie. »

Mettez toutes les chances de votre côté

Face à la maladie, choisir la personne qui saura établir le diagnostic approprié et recommander le traitement adéquat se révèle assurément un exercice difficile. Du découragement, qui découle de la gravité de la maladie, à l’espoir d’une guérison complète,
nous passons par une gamme d’émotions intenses qui nous empêchent parfois de réfléchir de manière rationnelle. Notre fragilité devient apparente et nous place dans un état de plus grande vulnérabilité. Prendre conscience de cette situation, c’est déjà nous doter d’outils qui nous aideront à développer encore davantage notre sens critique et à faire un choix plus éclairé.
Quel que soit le problème de santé que vous vivez ou auquel vous, ou l’un de vos proches, aurez peut-être à faire face un jour, consultez d’abord votre médecin. Si vous n’êtes pas satisfait de ses soins, n’hésitez pas à lui en parler ou, le cas échéant, à demander une autre opinion. En tout temps, assurez-vous de consulter un professionnel de la santé reconnu. Enfin, si vous décidez de vous tourner vers une ou plusieurs thérapies non éprouvées et non approuvées, prenez soin de bien vous informer et agissez avec beaucoup de prudence. Votre santé est beaucoup trop importante pour que vous ne lui accordiez pas toute l’attention qu’elle mérite.
Pour renseignements complémentaires :
Collège des médecins du Québec
Direction des enquêtes
2170, boulevard René-Lévesque Ouest
Montréal (Québec) H3H 2T8
Tél. : (514) 933-4441 ou 1 888 MÉDECIN, poste 259
Décembre 1996

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